L’art de faire le bon choix ne s’improvise pas, mais il s’apprend. Voici 11 techniques pour limiter au maximum les risques d’erreurs.

Salade ou steak frites ? Quitter son job ou y rester ? Notre quotidien est rempli de questions. Certaines sont tranchées en quelques semaines tandis que d’autres nous plongent dans l’incertitude. « Nous possédons deux systèmes cérébraux pour choisir, l’intuitif et le rationnel, explique Bernard Anselem, neuropsychologue et consultant en entreprise. Le premier, le plus courant, est rapide et consomme peu d’énergie. On réserve le second aux situations plus complexes. »

Le tout est de savoir quand se fier à son intuition et quand faire appel à son raisonnement. Car l’intuition se révèle parfois trompeuse, poursuit le scientifique, auteur de Je rumine, tu rumines, nous ruminons (Eyrolles) : « Il existe plus de 180 biais cognitifs connus qui peuvent nous induire en erreur sans même que nous nous en apercevions. » Le biais de confirmation, par exemple, fait que l’on retient uniquement les informations qui vont dans notre sens, au détriment des autres. Le biais de négativité, au contraire, nous rend hypercritique. Faite de vigilance, ces automatismes d cela pensée mènent droit à l’erreur. N’allez pas croire pour autant que s’accrocher à un raisonnement soit la solution :  » On n’a jamais tous les paramètres en main pour élaborer un raisonnement 100% logique, prévient le neuropsychologue. Les intuitions sont précieuses, car elles expriment nos expériences et nos motivations profondes. »

D’où l’importance de prendre du recul avant de trancher, dans un sens ou dans l’autre, prévient Anna Gallotti, coach et coauteure de faire les bons choix (Eyrolles) : S’écouter avant de décider est un long apprentissage. Et le seul moyen de s’assurer, au fond, qu’un choix correspond vraiment à ce que nous sommes. »

1 – ADOPTEZ LES POURCENTAGES

 » Notre cerveau est structuré pour prendre des décisions répétitives fondées sur ses expériences passées, note Anna Gallotti, fondatrice du site de Coaching Share. Un choix n’est jamais objectif, puisqu’il se réfère chaque fois à ce que l’on a connu, bon ou mauvais. »

Pour déjouer le piège, la coach conseille d’accroitre sa lucidité : « Pensez à votre journée. Réfléchissez à tous les choix que vous avez faits et classez-les en quatre colonnes : ceux qui sont destinées à satisfaire vos besoins primaires ( manger, dormir, se sentir en sécurité…), ceux que vous avez faits par défaut ou par obligation, ceux que vous auriez dû faire mais que vous avez repoussés, et enfin, ceux qui étaient motivés par le désir d’atteindre le résultat souhaité. »

Calculez combien de choix, en pourcentage, appartiennent à chaque catégorie : vous avez un bon aperçu de la palette de vos choix quotidiens.  » Répétez l’exercice deux semaines durant. Et demandez-vous si cette répartition convient et si vous devriez pas essayer de changer quelque chose. »

2 – ETABLISSEZ UN ARBRE DES CHOIX

 » Il ne faut pas confondre faire un choix et prendre une décision, pointe Laurent Falque, docteur en sciences de gestion et titulaire de la chaire de recherche Sens et travail à l’Icam de Lille. Prendre une décision, c’est établir une préférence entre des options. Faire un choix, c’est avoir une finalité. »

Pour bien saisir la nuance, le chercher préconise d’établir un arbre de choix. Placez devant vous toutes vos options et regroupez celles qui, en dépit des apparences, obéissent à une même finalité. Par exemple, si vous cherchez à déménager, vos options sont « ville », « campagne », etc. Mais votre choix, c’est : changer de vie ou pas ?

Autre exemple : cité par Laurent Falque : un manager veut « changer de job » parce qu’il en a assez de son équipe. En parlant avec le coach, il prend conscience qu’il a toujours cherché à « réparer ce qui est cassé ». « Son choix n’était pas « quitter mon job ou pas », mais « Comment apporter de l’aide à une équipe qui ne fonctionne pas ? » Revenu en mode « réparateur », il a retrouvé toute son énergie!

3 – ELUCIDEZ VOS MOTIVATIONS CACHEES

L’arbre des choix mettra à jour vos motivations enfouies, celle qui vous poussent parfois vers des solutions de facilité. « Par exemple, recruter quelqu’un qui a fait la même école que soi ou qui est passé par une entreprise que l’on connait », illustre Laurent Falque.

Faire un choix éclairé, ce n’est pas se laisser porter par la paresse, mais au contraire prendre conscience de ses objectifs réels.  » En phases de recrutement, je peux me contenter de choisir parmi les CV reçus, plutôt que de me poser la question du profil que je recherche vraiment, explique le chercheur. Si, en revanche, je me concentre sur cet objectif, je me dispose à faire un véritable choix. quitte à ne retenir aucun de ces CV et à repasser une annonce. »

Réfléchissez à la façon dont vous prenez vos décisions vous permet ainsi de distinguer ce qui relève d’un choix intuitif ( attention aux biais cognitifs), d’un choix rationnel (attention aux motivations enfouies) et d’un choix éclairé, c’est-à-dire correspondant à une finalité et un objectif précis.

4 – MEFIEZ-VOUS DE VOTRE EGO

 » Face à une proposition enthousiasmante, on écoute souvent son égo, Noe David Lefrançois, formateur en coaching. Or celui-ci réagit à une valorisation à court terme, sans tenir compte des conséquences à long terme ».

Pour « débrancher » votre égo et l’empêcher de décider à votre place, le coach conseille un truc qui a fait ses preuves : listez le plus et les moins sur un bout de papier. « Cela permet de réfléchir à vos priorités, qui ne correspondent pas forcément à ce qui satisfait votre égo ».

5 – SOLLICITEZ L’AVIS DES AUTRES

Ne croyez surtout pas qu’un décideur doive se retrancher dans son bureau à l’heure des grands choix. S’ouvrir aux autres est une bonne chose. Par exemple, avec ses collègues. « Parler d’un problème à ses pairs permet de se confronter à une autre vision du monde », explique Bernard Anselem. Consulter son équipe est également payant.

« Un manager, souligne Anna Gallotti, doit toujours intégrer plusieurs niveaux de réflexion à sa prise de décision : quels effets aura-t-elle sur lui, sur son équipe, son département, son entreprise, son écosystème ? » Ces besoins peuvent être en contradiction les uns avec les autres.  » Il faudra voir quel niveau l’emporte sur les autres, en se référant à la mission de son équipe et aux valeurs de son entreprise. »

« Chaque fois que j’ai dit OK pour des projets qui me tenaient à coeur sans consulter mes collaborateurs, cela à été un fiasco, raconte une CEO d’un cabinet d’études. Comme ce sont eux qui sont sur le terrain, il faut vraiment qu’ils soient impliqués dans les choix. » Les associer à la décision relève du bon sens.

Les 6 prochaines méthodes seront à lire jeudi prochain.

ARTICLE PROVENANT DU HORS-SERIE MANAGEMENT DE L’ETE 2018